Le petit jardinier
Il était une fois, dans un petit village retiré du monde, un jeune homme qui avait fait des fleurs sa passion. Doux et gentil, il était aussi très timide. Tout le monde au village l’avait surnommé le petit jardinier.
Il avait une vie tranquille, et tirait ses revenus de la vente de ses fleurs. Il les plantait, les arrosait, les créait et les regardait grandir. Il ne s’en lassait pas.
Un jour, admirant le soleil se lever à l’horizon, il se dit qu’il n’avait encore rien vu du monde et des merveilles qu’il pourrait y découvrir. Il décida qu’il était temps de partir. Il avait le pressentiment que quelque chose de fabuleux l’attendait quelque part.
Il vendit sa maison, pour avoir quelque argent, et prépara son baluchon. Il emporta également des graines de fleurs de sa création.
Il fit ses adieux aux villageois, qui étaient triste de le voir partir. Le petit jardinier se dirigeait vers l’inconnu, non sans appréhension.
Au cours de son périple, il traversa maintes contrées, s’émerveilla devant de somptueux paysages que jamais il n’aurait cru exister. Des vastes plaines où coulaient des fleuves tranquilles aux sommets enneigés des montagnes, chaque jour lui emplissait le cœur de souvenirs et de bonheur. Une nuit, il vit pour la première fois l’Océan. Sa surface étincelait de mille reflets grâce à la lune haute dans le ciel étoilé. Le petit jardinier fût bouleversé par tant de beauté. Il sut que cette image resterait à jamais gravée dans son cœur.
Il poursuivit sa route pendant des mois et des mois, vivant de ce que lui donnait la nature, jusqu’au jour où il pénétra dans le royaume de Temnon. C’était un roi cruel et orgueilleux, qui ne pensait qu’à faire la guerre et à maltraiter ses sujets. Personne ne l’aimait. Même sa garde personnelle le détestait. Toujours est-il qu’il était roi et qu’il fallait lui obéir.
Le petit jardinier ignorait tout cela et c’est avec innocence et curiosité qu’il se dirigeait vers la capitale du royaume.
Bien mal lui en pris ! Sur la route, il se fit dévalisé par des brigands. Ceux-ci lui laissèrent pour toute fortune ses graines – qui n’avaient aucune valeur marchande – et des haillons en guise de vêtements. Accoutré comme un mendiant, il pénétra dans la capitale. Tout le monde l’observait d’une manière bizarre.
« Encore un mendiant ! » pensaient-ils en le voyant, « Ignore t-il qu’il n’est pas autorisé à séjourner ici ? »
La venue d’un étranger, mendiant qui plus est, parvint aux oreilles du capitaine de la garde royale. Le petit jardinier fut mis aux arrêts, le temps d’ériger une potence pour l’exécuter. Le petit jardinier ne comprenait pas pourquoi on voulait le tuer, aussi, comme dernière volonté, il demanda audience au roi.
Le petit jardinier fut enchaîné et présenté au roi. Quelle ne fut pas sa surprise de voir, au côté du suzerain, la reine la plus belle qu’il n’eut jamais vu. Et la plus triste aussi. Elle avait de longs cheveux bouclés, aux reflets cuivre et or. Ses grands yeux clairs trahissaient sa détresse. Le petit jardinier en tomba instantanément amoureux.
Le petit jardinier reprit ses esprits, car il devait sauver sa vie. Il s’adressa au Roi :
- O noble roi, c’est en venant dans votre magnifique cité que je me suis fait attaqué par de vils brigands. Aussi je vous demande de bien vouloir épargner un modeste jardinier qui n’est là que pour découvrir le monde et ses merveilles. D’ailleurs, à ma décharge, il faut dire que…
Le roi l’interrompit :
- Jardinier, as-tu dis ? Voilà une bien étrange coïncidence…
Le petit jardinier demeurait silencieux pendant que Temnon le dévisageait. Le roi reprit la parole :
- Vilain, je n’ai que faire de tes doléances. Cependant, il se trouve que j’ai besoin des services d’un jardinier. Aussi je propose une alternative à ton châtiment : je dois recevoir les souverains des six royaumes voisins. Et un roi digne de ce nom doit posséder un palais irréprochable s’il veut traiter affaire avec ses pairs. Or, mes jardins sont épouvantables !
Le petit jardinier voyait là un espoir de sortir de cette impasse. Le roi continua son histoire :
- Ecoute-moi bien , petit jardinier. Si tu parviens à rendre mes jardins aussi éclatant que la lumière du soleil, tu auras la vie sauve. Mais si tu échoues, tu retournas au cachot pour y attendre ta mort .
- Ô noble roi, les fleurs ne peuvent pousser à la vitesse de l’éclair, j’ai besoin d’un minimum de temps. Toutefois, je puis vous assurer que si vous me laissez faire, vos jardins seront les plus beaux jamais réalisés
Le roi semblait contrarié. Il réfléchit et dit :
- Je comptais organiser cette réception dans quelques semaines, mais je vais t’accorder le temps nécessaire : tu as un an à compter d’aujourd’hui. Mets toi à l’ouvrage immédiatement !
Le Roi et la Reine regagnèrent leurs appartements. Temnon était satisfait : il inviterait les souverains à découvrir ses nouveaux jardins et, pendant la visite, organiserait leur assassinat. Il deviendrait ainsi le maître incontesté des sept royaumes. Il fit part de son plan à la Reine, qui l’écouta en feignant la connivence et l’enthousiasme par peur de son Roi.
La Reine avait été obligé d’épouser Temnon. Pour arriver à ses fins, celui-ci avait fait arrêter ses parents. Si elle voulait les revoir vivants, elle devait se plier aux moindres de ses désirs.
Pendant ce temps, le petit jardinier était déjà à pied d’œuvre, réfléchissant aux parterres de fleurs à sélectionner, aux arbres qu’il allait devoir tailler, aux compositions florales qu’il allait créer. Mais ses pensées revenaient sans cesse à la Reine et à sa beauté. Aussi il décida de s’en inspirer pour réaliser les jardins du palais.
Il se mit aussitôt à l’ouvrage. Quelques mois plus tard, les jardins prenaient forme. Le Roi jubilait, les travaux avançaient plus vite que prévu. La Reine s’émerveillait des créations du petit jardinier. Un matin, elle lui rendit visite pour le féliciter.
« Ce que vous réalisez est magnifique » lui dit-elle.
Sous le charme, le petit jardinier répondit : « c’est de votre beauté et de votre tristesse dont je me suis inspiré »
- De ma tristesse ? Questionna t-elle
- vous vous efforcez de la dissimuler, mais vos yeux vous trahissent. Vous n’êtes pas heureuse. Ce jardin est aussi pour vous, pour vous redonnez un peu de la joie que vous perdez pour je ne sais quelle raison.
Ils parlèrent pendant des heures. Finalement, la Reine dû partir retrouver son Roi. Mais elle promit au petit jardinier qu’elle reviendrait le lendemain et les jours suivants.
La Reine tint sa promesse. Jour après jour elle venait parler au petit jardinier. Il lui parla de son petit village natal, lui dit combien sa petite maison bordée de fleurs sur la colline lui manquait. La Reine était sous le charme. Plus elle passait de temps avec lui, plus elle se sentait bien. Elle se rendit compte qu’elle tombait amoureuse du petit jardinier.
Mais le méchant Roi s’en aperçut. Emplit de rage et de jalousie, il enferma la belle dans la Tour la plus haute de son palais. Il faillit également ordonner l’exécution du petit jardinier sur le champ. Mais sa soif de pouvoir était plus grande que sa jalousie. Il décida de laisser la vie sauve au jardinier tant que son ouvrage n’était pas terminé. Ensuite seulement, il l’exécuterait publiquement. Le Roi ne manqua pas d’en informer la Reine : « Gente dame, je vous ai observé. Vous avez laissé ce mécréant vous faire la cour ! je devrais vous tuer pour cela, mais la place d’une Reine n’est-elle pas aux côtés de son Roi ? » Son rire lugubre envahit la pièce. « C’est donc le petit jardinier qui mourra dès son œuvre achevé ! ». Et le Roi parti. Les pleurs de la Reine étaient une douce musique à ses oreilles.
Poussant sa cruauté à l’extrême, il rendit visite au petit jardinier : « tu as voulu défier un Roi ! » cria t-il, « ton sort est à présent scellé. Tu mourras après l’inauguration des jardins ! »
Le petit jardinier ne savait plus que faire. Qu’il achève ou non son travail, il allait mourir ! Tout en jardinant, il réfléchissait à un moyen de se sortir de cette situation désespérée. Il n’oubliait pas non plus la Reine, qu’il aimait par-dessus tout. Comment allait-il la sauver ? Plus le temps passait et plus il se sentait piégé. C’est en taillant un rosier de sa création que lui vint une idée de génie. Sans perdre de temps, il dressa au milieu du jardin une tente immense, dans laquelle il se réfugia pendant trois mois sans en sortir. Le Roi, quant à lui, s’inquiétait de la tournure que prenaient les événements. L’échéance approchait, et cette tente au milieu de l’immense jardin n’était pas du plus bel effet. Il décida de s’en informer auprès du petit jardinier : « Quel est ce mystère, jardinier ? S’il s’agit d’un piège, la Reine mourra également, t’en voilà prévenu ! »
La tête du petit jardinier apparue hors de la tente : « Noble Roi, je sais que je vais mourir car je suis coupable de vous avoir trahi. Pour compenser cette grave faute, je suis en train de réaliser l’œuvre principale de ce parc paysager. Il comblera à coup sûr vos attentes les plus folles. N’y voyez là aucun piège, grand Roi, mais plutôt les dernières volontés d’un condamné à mort. Dans une semaine, tout sera terminé et vous serez, vous et vos invités, émerveillés. »
Ravi, le Roi convoqua ses messagers. Ils partirent immédiatement prévenir les souverains des royaumes voisins. Pendant ce temps, la Reine se laissait mourir. Elle ne se nourrissait plus. Son amour allait périr, elle n’avait plus la force de vivre. Ses servantes ne savaient que faire. L’une d’elles décida d’en avertir le petit jardinier. Inquiet, il confia un message à la servante : « ma Reine, vous ne devez pas partir ainsi ! Nous avons encore tant de choses à nous dire, tant de choses à partager ! le soleil se lève et se couche avec vous. Je ne peux imaginer ne serait-ce une seule seconde vivre sans vous. L’espoir de vivre ensemble un jour emplit mon cœur de bonheur et de joie. Ma Reine, accordez-moi une fois encore votre confiance, je viendrais vous délivrer, je le promets. Souvenez-vous d’une chose : IL N’EST JAMAIS TROP TARD ».
Cette missive donna de l’espoir à la jeune Reine et pour la première fois depuis des semaines, elle mangea.
Le jour de la cérémonie arriva. Les six Rois arrivèrent au château. Tout avait été soigneusement préparé. Après un banquet mémorable, où l’on fit venir des danseuses, troubadours et autres saltimbanques, les Rois furent conviés à visiter l’immense parc du château. Temnon et ses invités furent subjugué devant la beauté du lieu. Jamais autant de fleurs et d’arbres différents n’avaient été réuni en un même endroit. Il s’agissait des jardins du Paradis, assurément !
Seule ombre au tableau, la tente immense et son mystérieux trésor…
L’un des souverains demanda ce qu’elle cachait. Sans dire un mot, le petit jardinier se dirigea vers elle et tira sur une corde. Le spectacle était incroyable. Le petit jardinier avait créé un labyrinthe dont les chemins étaient bordés de rosiers. Tous applaudirent devant ce chef d’œuvre.
- Ceci est destiné à votre amusement mes seigneurs, je vous laisse découvrir les surprises de ce labyrinthe !
Et les Rois pénétrèrent un à un dans le dédale de rosiers. Le petit jardinier interpelle Temnon.
- Messire, j’ai quelque chose à vous montrer. Je suis certain que cela vous plaira.
Le Roi devint tout à coup méfiant.
- serait-ce un piège de votre part dit-il en regardant droit dans les yeux le petit jardinier.
- Je suis à votre merci, votre majesté. Un piège ? certainement pas ! c’est au centre du labyrinthe que je désire vous mener, pour y voir la plus étonnante des surprises. Si je vous guide, votre temps précieux ne sera pas gaspillé.
Rassuré, le Roi Temnon accepta la visite guidée. Une fois parvenu au cœur du labyrinthe, le Roi en eut le souffle coupé. Une superbe fontaine d’or et d’argent trônait là, surmontée d’un buste de marbre rose à l’effigie de la Reine. La statue était bordée de Roses qui avaient une particularité : chaque pétale était d’une couleur différente.
Le Roi, tout en approchant de la fontaine, demanda : « mais qu’elle est donc cette famille de roses ? »
Le petit jardinier répondit : elles n’existent pas. C’est moi qui les aient créé. Je les ai appelé les roses de l’oubli, car leur parfum et si enivrant qu’on en oublie tout. Je vous met en garde majesté, ne sentez jamais leur fragrance !
Le méchant Roi pensa à une fanfaronnade de la part du petit jardinier : « que me raconte tu là ? De simples fleurs doté d’un pouvoir si grand ? N’importe quoi ! ». Et le Roi se pencha pour sentir les roses multicolores. Instantanément, il oublia qui il était. Le parfum était si enivrant qu’il s’évanouit.
Le petit jardinier en profita pour échanger ses vêtements en loque contre les habits d’apparats du méchant Roi Temnon. Il prit également la couronne, qu’il posa sur sa tête. Il attendit le réveil du tyran.
- Où suis-je ? Qui suis-je ? S’écria Temnon une fois réveillé.
- Tu es un mendiant qui s’est endormi dans les jardins de ton Roi ! tonitrua le petit jardinier. Je sais me montrer clément, aussi je ne te mettrais pas au cachot, si tu promets de ne plus jamais remettre les pieds dans ce royaume !
Temnon, tremblant de peur, s’enfuit à tout vitesse. Il trouva la sortie du labyrinthe du premier coup, dépassant ses anciens invités sans même les remarquer. Surpris, ils le furent encore lorsque petit jardinier apparu habillé en Roi. Il leur dit : « toutes vos questions recevront une réponse lorsque nous serons en présence de la Reine. Elle seule peut appuyer mes dires. Aussi, rendons lui visite séance tenante.
La Reine expliqua alors aux six souverains le complot qui les visait et le petit jardinier poursuivit son récit en relatant ses mésaventures depuis qu’il était au château. Il termina en annonçant son mariage avec la Reine, qui accueillit la proposition avec des larmes de joies.
La cérémonie fut la plus belle jamais organisée. Tout le monde fut invité, y compris Temnon qui était devenu troubadour. La fête dura 26 jours et 26 nuits. Une fois seuls, les mariés s’embrassèrent. Le petit jardinier regarda sa Reine et lui dit : tu vois, il n’est jamais trop tard.
Epilogue
Tous les sujets du royaume s’accordèrent à dire que le petit jardinier était un bon Roi. Et la Reine, par sa beauté et son intelligence, la meilleure qui soit. Ils eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours.
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